Les vingt photographies présentées dans cette exposition sont issues du projet de scénographie urbaine conçu par Olivier Nord pour la nouvelle ligne de tramway LEA, nouveau lien entre le centre ville Lyon Part-Dieu et les communes de l’Est lyonnais.
Il existe une relation métaphorique entre le cinéma et le déplacement latéral de la ville induit par le déplacement en train. Arbres, maisons, immeubles filent devant nos yeux, la vision du paysage est “cadrée”comme pour le cinema et la photographie, l’observation du défilement du paysage génère une narration de la ville dont l’usager quotidien retiendra son ”image de ville”.
Olivier Nord a perçu les dix stations qui ponctuent le trajet de LEA comme des sortes de génériques de début et de fin de cette narration . L’idée était de faire du mur porteur de la station un mur photographique et donc produire une architecture à partir de photographies. Vingt photographies poncturaient donc le voyage en tram. Ces images fixes liées à l’attente dans les stations, montrent un lieu proche, une architecture ou un espace, invisible depuis la ligne de tramway, exprimant une “intériorité” de ces quartiers. Elles sont des signes de reconnaissance pour les usagers de leur “patrimoine du quotidien”.
Ces images sont étirées par la vibration répétitive des derniers pixels de l’image ; cette partie de l’image devant figurer, dans le projet, sur le sol du quai,les usagers des stations deviendraient les figurants de la scène et du décor.
Dans cette exposition, mur et sol constituent une image à part entière.Cet ensemble donne une ” image de ville”, vision subjective que l’on se fait d’une ville .
DÉCOUVERTE / PRISE DE POSSESSION
Depuis trois ans, Olivier Nord développe un projet photographique témoignant de l’urbanisation de la campagne française, une étude sur la présence humaine dans un paysage récemment métamorphosé. Il s’agit d’une topographie de lieux, d’espaces naturels ou urbains du territoire colonisé par un style de vie qui s’impose socialement et nous transforme individuellement. Une envie irrépressible de conformisme et de banalité. En regardant ces scènes de très loin, tout semble dérisoire. L’alignement des maisons construites sur un même modèle, à peu de distance les unes des autres, sur des terrains qui furent hier encore des champs, possède un surplus de réel. En parcourant les photographies d’Olivier Nord, nous apprécions sa maîtrise de la couleur et de la lumière, de la composition et du goût pour les détails mais aussi son besoin de documenter un changement d’usage du paysage : il n’hésite pas à installer sa chambre photographique en haute montagne ou en bord de mer dans des lieux précaires où la pression urbaine repousse encore plus loin notre besoin inhérent de nature (une nature belle mais domptée) et de liberté. Pourtant, le silence et la quiétude qui les habitent contribuent à créer une atmosphère de douceur, où la vie, figée un instant, devient image-témoin de notre civilisation.
Texte de présentation au prix de la Fondation HSBC pour la photographie 2008 par Chantal Grande.